Shanta Rao "Hure" 2009. Impression pigmentaire sous Diasec 100 x 100 cm.

Thomas Fontaine " The green light" 2009. 17 Impressions pigmentaires 22,5 X 40 cm.

Au centre/ Louise Crawford et Stephan Géneau. Diptyque 100 x 50 cm./ Thomas Fontaine " Naziques" de la série Histoire Naturelle. Tirage argentique contrecollé sur alu 80 x 120 cm.

Thomas Fontaine " Implantations" n°1 & 2, tirages argentiques contrecollés sur alu 50 x 50 cm.

Grégoire Cheneau " Ludibrium, bd Poniatowski". Impression pigmentaire 100 x 150 cm.

Thomas Fontaine " Full limit, Gratte-ciel n° 42, 46 et 50". Tirages argentiques contrecollés sur alu 50 x 50 cm.

Thomas Fontaine " Full limit, Gratte-ciel N° 6". Tirage argentique contrecollé sur alu 150 x 150 cm.

Tentative de penser ensemble les œuvres de Thomas Fontaine, Grégoire Cheneau, Shanta Rao, Louise Crawford et Stéphan Guéneau, réunis pour l’exposition « On ne voit rien venir »

« Dans la pâleur de l’aube, le calme d’Antigone ne laisse rien transparaître de ce qui est déjà accompli. »

Sur les boulevards, dans les rues désertes de nos architectures modernes construites sur un mode rationnel, dans le but de sortir du schéma tragique des passions, théâtre latent d’une violence qui n’a pas été théâtralisée, il couve un pressentiment de meurtre, une intuition de crime, non plus du crime adressé mais du crime anonyme, celui de l’agresseur fugitif, du violeur, du serial killer. S’il est impossible de déterminer qui est derrière chaque acte, de lui donner un nom ou un visage, est-il possible d’avoir une histoire à incarner ? Toute histoire qu’on se fait devient comme un drame qu’on attend.
Mais, ne pouvant incarner ce drame sourd et fantasmé, relevant davantage d’une fiction personnelle et autarcique que de la mise en perspective du destin ou du fonctionnement de l’humanité, drame qui par ailleurs peut surgir à n’importe quel moment, sur un motif inconnu, il nous reste la possibilité d’en montrer les signes latents. Drame pressenti, qui, comme la petite mort, ne cesse de s’éterniser, ne trouvant pas de dénouement. Drame en négatif donc de sa définition.

Dans cette absence d’une figure et d’un nom, nos récits ne sont pas encore des ruines ou des bribes d’histoires, elles sont des indices de décor. Ici, le décor met en place l’attente qui commence le drame. C’est aussi lui qui le conditionne. Il est comme ces soldats veillant et sommeillant au début de Hamlet, noyés dans le brouillard, ne voyant rien venir.

Tout se passe en creux car nous ne pouvons exorciser nos démons dans une histoire commune avec des ressorts universels. L’important est alors de ménager le banal, en en faisant le centre de la représentation. Il s’agit, de ce fait, de ménager une certaine vacuité qui prédispose au drame, une retenue nécessaire à l’imagination avant qu’elle ne précipite les événements, en cherchant à voir ce qui est caché, en comblant ce qui ne lui est pas donné, en aiguisant son sens du soupçon sur la trop grande banalité des images proposées. Le propre de cette propension à se créer des fictions est de mettre dans une sorte d’équivalence ce qui est naturel et ce qui est surnaturel, de trouver bizarre ce qui est quotidien, de sortir de la banalité des images, en entrant dans une perception temporelle des choses. L’esprit a besoin malgré tout de faire du sens que ce soit d’une manière rationnelle ou irrationnelle.

Novembre 2009, Jeanne Truong